Par un savant jeu de
téléphone arabe, il m'est revenu que ma vie suédoise - telle que vous la perceviez - se résumait
ainsi : manger, faire du vélo, et aller en cours pas très souvent.
L'image n'est pas très
éloignée de la réalité. Toutefois, parce que je suis d'abord là
pour travailler (ça va, ça vous semble presque crédible de l'autre
côté de l'ordinateur ?), je vais décrire un peu plus précisément
l'aspect studieux de mon année. L'IEP me demande de leur envoyer un
bref compte rendu des cours suivis, pour la prospérité et puis pour
aider les deuxièmes années à faire leurs choix de destinations
puis leurs choix de cours. Mais parce monter jusqu'à l'Espace Avenir
(ie le bureau des Relations Internationales) ressemble un peu à
l'escalade du Mont Blanc, et pour tous les non-étudiants de sciences
po Rennes qui n'ont pas la chance de connaître l'Espace Avenir, je
vais profiter de ce blog pour partager mon expérience scolaire.
| En guise d'illustration, j'avais le choix entre des belles photos de mes bouquins et de mon cahier, ou des photos de la bibliothèque universitaire. Va pour la visite virtuelle de la biblitothèque ! |
Comme évoqué
précédemment lors de cet article, je suis ce semestre le cours de
Peace and Development Studies 1, pour 30 crédits ECTS (les fameux
bonbons des étudiants Erasmus). Le programme rassemble des étudiants
suédois de première et de deuxième année, ainsi qu'un grand
nombre d'étudiants étrangers.
Le premier module, au
mois de septembre, s'intitulait Peace and Development in a Global
World [Paix et Développement dans un monde mondialisé].
Au cours des deux
premières semaines, Anders (oui, en Suède il est tout à fait
normal, si ce n'est exigé, d'appeler nos profs par leurs prénoms)
est revenu avec nous sur des enjeux de définitions (guerre, paix,
conflit, développement), en montrant que des analyses différentes
aboutissent à des perceptions différentes de la réalité. Il est
donc primordial de commencer par se mettre d'accord sur les
définitions utilisées pour être à même de résoudre un problème.
Ces deux premières semaines se sont conclues sur la rédaction d'un
papier des plus basiques. Il nous a fallu répondre à trois
questions, incluant un « développer trois points que vous avez
trouvé particulièrement génial dans mon cours ». Autant dire
que c'était tout à fait à notre portée, et j'ai d'ailleurs eu un
A.
Les trois semaines
suivantes, Jonas a adopté une perspective historique et tenté
d'expliquer les causes du développement ou du sous-développement
des différentes parties du monde. Là encore, des analyses et des
explications différentes ont été opposées et discutées.
L'évaluation a reposé sur deux papiers rédigés en groupe, le
premier sur la place de la culture dans le développement, le
deuxième sur le livre support du cours. En somme il s'agissait de
résumer la pensée de différents auteurs, ce qui n'était pas des
plus emballant.
| Oui, ceci est toujours la bibliothèque ! |
Puis est arrivé le mois
d'octobre et le module de Global Political Economy [Economie
politique internationale], avec Jonas en maître de cérémonie.
J'ai très vite compris
que malgré son nom, le cours ne serait pas vraiment un cours
d'économie mais plutôt un cours de gouvernance (((économique))) –
oui, mettons beaucoup de parenthèse à économique –
internationale. En somme, l'aspect économique du cours s'est arrêté
à une tentative de définition de l'investissement, de la
compétitivité et de la balance des paiements.
Le cours a davantage
porté sur les théories du développement et sur la place de l’État,
des multinationales et des organisations internationales dans le
développement. Trois perspectives antagonistes ont été étudiées
et opposées : le libéralisme, le réalisme (mercantilisme) et le
structuralisme (qui est un joyeux bazar regroupant les marxistes, les
féministes et les environnementalistes).
Les examens se sont
révélé beaucoup plus intéressants que lors du premier module. En
cours de module, un jeu de rôle a été organisé au cours duquel il
nous fallait endosser le costume d'un expert
libéral/réaliste/structuraliste et défendre nos solutions lors
d'une conférence onusienne sur le futur de l'Irak. Autant dire que
nous nous sommes battus bec et ongles. A la fin du module, il
nous a été demandé de rédiger individuellement un papier. Nous
avons alors sorti nos boules de Madame Irma pour décrire la
situation du monde en 2060, tel qu'anticipé par les trois écoles de
pensée. Et j'ai pris un malin plaisir à façonner le futur de la
planète, inventant un tsunami détruisant New York, une monnaie
mondiale unique répondant au doux nom de WC, un baril de pétrole
s'échangeant à 700 dollars, et même une seconde guerre froide
entre la Chine et le Brésil.
Pour conclure brièvement sur mes deux mois de cours, je regrette parfois que le niveau des cours ne soit pas plus élevé et que nous n'ayons pas davantage l'occasion de creuser les notions et les enjeux. Tout ceci reste un peu trop souvent superficiel. Toutefois les sujets des cours sont très intéressants, et si ce dont on parle m'est pour la plupart déjà connu, tout au moins la perspective utilisée est originale et différente de ce qui peut être proposé à sciences po.
2 commentaires:
Le rouge est donc la couleur officielle des canapés, et fauteuils du campus!
Bref, en gros, t'as pu ressortir qu'il faut plus de gouvernance mondiale. Comme quoi, avoir Nagarra en cours peut servir parfois ... (Pas sûre que FAL nous aurait laisser disserter aussi longtemps sur ce sujet !)
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